Rusbrock

Jan Van Ruysbroeck

Jan Van Ruysbroeck, né en 1293 (dans le village de Ruisbroek ?), mort en 1381 à Groenendael (“Vallée verte”, Belgique).

  • Rusbrock l’admirable

    ad fontes éditions, Jan Van Ruysbroeck, Rusbrock l'admirable, traduction Ernest Hello

    Quelques-uns parmi les hommes, stalkers immobiles du pays de l’abîme, se sont approchés du cœur du réacteur. Une poignée, ou à peine plus, dépeint, dans un langage souvent singulier qui ressortit plus à la poésie qu’à une prose factuelle, cette improbable “expérience” derrière le limes de la raison et des apparences, au fort même de l’extase, l’esprit transporté s’incline devant l’interminable infinité de Dieu; entre elle et lui, il voit un abîme infini, un abîme essentiel.

    Ce pays quantique de la jouissance infinie est, selon ces athlètes de Dieu, accessible à force de dépouillement, de simplicité et de méditation, voire d’ignorance. La méditation n’est pas au-delà ni en-deçà de la raison, elle est ailleurs, participe d’un mode différent, c’est une ignorance illuminée, c’est un miroir magnifique où reluit l’éternelle splendeur de Dieu ; elle n’a pas de mesure, et toutes les démarches de la raison sont impuissantes là où elle est.

    Une ignorance illuminée…

    Rusbrock rend compte, si l’on peut dire, de cette sain(t)e ignorance, de cette sublimité de l’esprit, de l’aventure contemplative qui le mènent au-delà des rives incertaines où finit la ratio, où les phénomènes sont irrémissiblement engloutis par le silence caligineux de cet abîme superessentiel, perdant ainsi l’assurance et la certitude dont certaines intelligences trop pataudes ne peuvent se délester : Les gens du désir médiocre ne reçoivent pas le rayon ; ils ne sont pas touchés par l’ignorance sublime, par l’ignorance essentielle des mesures humaines; ils subsistent en eux-mêmes.

    Pour nous autres, valetaille chthonienne exceptionnellement bouleversée par un bref et furtif satori de prisu qui nous laisse entrevoir fugacement l’envers du décor, cette relation si précise, si “documentée” du voyage mystique ne laisse pas de nous surprendre un peu. On sourit benoîtement mais Rusbrock, lui, sourit sereinement et couvre notre bégueulisme pyrrhonien d’une joie aussi ineffable qu’avérée et d’un amour qu’on dirait presque pénible à force de beauté et d’infini.

    On a parfois reproché aux témoignages mystiques de sentir le fagot. Chanter l’amour infini, la jouissance sans remord, la liberté absolue n’est pas sans danger et certains esprits étriqués et littéraux ne manquèrent pas d’en prendre ombrage. Ernest Hello, catholique exalté, le “véritable psychologue du siècle” selon Huysmans, n’est pas de cette eau-là. Sa prose gracieuse cascadant profondément entre et avec ces fulgurances mystiques et sa traduction inspirée témoignent que lui aussi s’est approché, à force de solitude et de renoncement, de cette ténèbre sans mesure qui absorbe et qui dévore et, comme Rusbrock, il peut affirmer : Je me souviens de Dieu !

    « Ce qui est nécessaire, c’est la solitude du cœur et de l’esprit. Si vous ne l’avez pas, fussiez-vous seul au monde, vous n’êtes pas solitaire. Si vous l’avez, fussiez-vous mêlé à toutes les foules du monde, vous êtes solitaire. Quelques-uns demandaient un jour à un homme très élevé en grâce : Ne ferions-nous pas bien de nous séparer des hommes, de vivre seuls, de ne fréquenter que le désert ou l’église ? Ne serait-ce pas le moyen de la paix ? L’homme consulté répondit : Non. Et voici pourquoi. Si vous êtes justes, vous le serez partout, et auprès de n’importe qui. Injustes, vous le serez également en tous cas. Le juste est celui qui possède Dieu en vérité ; celui-là vit n’importe où, et au milieu de n’importe qui, dans la profondeur de la solitude. Il vit sur la place publique comme dans une église, dans une cellule, dans un oratoire. C’est pourquoi Jésus, auprès de la fontaine, disait à une femme que voici le temps d’adorer le Père en esprit et en vérité. »


    220 pages / 11,60€ commander